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Faim émotionnelle ou faim physiologique : comment faire la différence ? | Claire Aujard
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“faim émotionnelle et faim physiologique - Claire Aujard diététicienne”

Faim émotionnelle ou faim physiologique : comment faire la différence ?

Faim émotionnelle ou faim physiologique : comment faire la différence ?

Par Claire Aujard, diététicienne-nutritionniste spécialisée en troubles du comportement alimentaire et micronutrition.


Vous rentrez chez vous après une longue journée. Vous n’avez pas particulièrement faim, et pourtant vous vous retrouvez à ouvrir le réfrigérateur. Ou peut-être que c’est l’ennui un dimanche après-midi, une dispute, une anxiété diffuse et soudain, une envie irrésistible de manger apparaît.

Vous vous demandez : est-ce que j’ai vraiment faim, ou est-ce autre chose ?

C’est l’une des questions les plus importantes que l’on puisse se poserpour transformer sa relation à l’alimentation. Et la réponse est plus nuancée et plus bienveillante que ce que l’on croit souvent.


La faim physiologique : les signaux du corps

La faim physiologique est un besoin biologique réel. Elle correspond à un manque d’énergie ou de nutriments que le corps signale de façon progressive.

Elle se reconnaît à plusieurs signes :

  • Elle s’installe progressivement elle ne surgit pas d’un coup, elle grandit
  • Elle s’accompagne souvent de sensations physiques concrètes :légers gargouillis, baisse d’énergie, légère sensation de creux à l’estomac
  • Elle est peu sélective : quand vous avez vraiment faim physiologiquement, une pomme ou un bol de soupe vous semblent aussi bienvenus qu’un carré de chocolat
  • Elle disparaît après avoir mangé, quelle que soit la quantité
  • Elle peut attendre : si vous êtes absorbée dans une activité, elle reste en arrière-plan sans urgence absolue

La faim physiologique est un langage. Votre corps vous dit : j’ai besoin de carburant. C’est neutre, c’est biologique, c’est fiable quand on apprend à l’écouter.


La faim émotionnelle : quand les émotions cherchent un refuge

La faim émotionnelle n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est une réponse intelligente même si elle peut devenir douloureuse que le système nerveux a développée pour gérer des états intérieurs difficiles.

Elle se reconnaît à d’autres signaux :

  • Elle surgit soudainement, souvent après un événement émotionnel (stress, conflit, ennui, tristesse, anxiété, solitude mais aussi parfois joie intense ou fête)
  • Elle est souvent très sélective : ce n’est pas “manger” dont on aenvie, c’est ce aliment précis souvent sucré, gras, doux en bouche
  • Elle s’accompagne d’une tension intérieure, d’une agitation, parfoisd’une légère urgence
  • Elle ne disparaît pas vraiment après avoir mangé ou elle laisseplace à la culpabilité
  • Elle peut apparaître alors que vous venez de terminer un repas

Ce qui se passe en réalité : votre système nerveux cherche à se réguler.La nourriture notamment les aliments sucrés et gras active les circuits de récompense du cerveau, libère de la dopamine, et procure un apaisement rapide. C’est efficace. C’est pour ça que ça se répète.


Pourquoi tout se régule mieux quand on se sent en sécurité

C’est ici que beaucoup d’approches s’arrêtent et c’est précisément que commence le vrai travail.

On peut apprendre à “identifier” la faim émotionnelle, à la nommer, à la distinguer. Mais si le système nerveux reste en état d’alerte chronique, si quelque chose en vous ne se sent pas en sécurité dans votre corps, dans vos relations, dans votre vie les comportements alimentaires émotionnels continueront.

Parce que le corps fait exactement ce pour quoi il est conçu : il cherche à survivre, à se stabiliser, à trouver du réconfort.

Le professeur Stephen Porges, neurobiologiste américain, a décrit ce mécanisme à travers sa théorie polyvagale : notre système nerveux autonome régule en permanence notre niveau de sécurité perçue. Quand nous nous sentons en sécurité vraiment, profondément, dans le corps le système parasympathique prend le relais. La digestion fonctionnemieux. Les signaux de faim et de satiété deviennent plus clairs. La régulation émotionnelle devient plus accessible.

En d’autres termes : la connexion aux signaux corporels n’est pas une question de discipline. C’est une question de sécurité intérieure.

C’est pourquoi dans mon travail, je n’apprends pas aux gens à “mieux contrôler” leur alimentation. Je les accompagne à se sentir suffisamment en sécurité pour que leur corps puisse, à nouveau, les guider.


Les 3 grandes confusions à démêler

1. Confondre faim émotionnelle et gourmandise

La gourmandise le plaisir de manger quelque chose de bon est saine et naturelle. Elle fait partie d’une relation équilibrée à l’alimentation. La faim émotionnelle, elle, est accompagnée d’une tension, d’un besoin de soulagement. Ce n’est pas la même chose. Se faire plaisir avec un bon repas n’est pas un problème. Manger pour échapper à une émotion difficile est un signal que quelque chose mérite attention.

2. Penser que la solution est de “résister”

La résistance ne régule pas une émotion. Elle la comprime. Une émotion non accueillie revient souvent plus fort. Ce n’est pas en interdisant àvotre corps de chercher du réconfort dans la nourriture qu’il apprend à seréguler autrement. C’est en lui offrant d’autres voies d’apaisement, progressivement, avec douceur.

3. Croire que c’est une question d’information nutritionnelle

Savoir que le sucre active les circuits de récompense ne suffit pas à changer un comportement ancré. Le comportement alimentaire émotionnel n’est pas logé dans le cortex préfrontal la partie du cerveauqui raisonne. Il est logé dans les structures plus profondes, plus anciennes, qui gèrent la survie et les émotions. C’est qu’il faut travailler.


Trois questions à vous poser avant de manger

Ces questions ne sont pas des outils de contrôle. Elles sont des invitations à la curiosité, sans jugement :

1. est-ce que je ressens ça dans mon corps ? La faim physiologiquese situe souvent à l’estomac. La faim émotionnelle, elle, peut se sentirdans la gorge, dans la poitrine, dans une agitation diffuse. Prenez 5 secondes pour observer.

2. Qu’est-ce qui se passait juste avant cette envie ? Une pensée ? Une émotion ? Une situation ? Pas pour vous en vouloir pour comprendre.

3. De quoi est-ce que j’aurais vraiment besoin là, maintenant ? Parfoisla réponse est : manger. Et c’est parfait. Parfois la réponse est : êtreentendue, faire une pause, bouger, appeler quelqu’un. Vous n’avez pas àagir sur cette réponse. La nommer suffit souvent à faire baisser la tension.


Ce que dit la recherche

La distinction entre faim physiologique et faim émotionnelle est au cœur de l’alimentation intuitive, approche développée par les diététiciennes américaines Evelyn Tribole et Elyse Resch, et dont l’efficacité est soutenue par une littérature scientifique croissante.

Une méta-analyse publiée dans Appetite (Van Dyke & Drinkwater, 2014) a montré que les personnes pratiquant l’alimentation intuitive présentent un indice de masse corporelle plus stable, moins de comportements alimentaires désordonnés, une meilleure image corporelle et un bien-être psychologique plus élevé indépendamment du poids.

Des études en neurosciences confirment par ailleurs que la régulation du système nerveux autonome notamment via des pratiques comme la cohérence cardiaque, la pleine conscience ou l’EMDR améliore significativement la régulation émotionnelle et réduit les comportements alimentaires impulsifs.


Questions fréquentes

Est-ce que la faim émotionnelle est un trouble du comportement alimentaire (TCA) ?

Pas nécessairement. La faim émotionnelle est un phénomène courant quitouche la majorité des personnes à un moment ou un autre. Elle devient problématique et peut s’inscrire dans un tableau de TCA comme l’hyperphagie boulimique quand elle est fréquente, source de souffrance importante, accompagnée de culpabilité intense et de perte de contrôle perçue. Dans ce cas, un accompagnement spécialisé est précieux.

Peut-on vraiment “apprendre” à reconnaître ses signaux de faim ?

Oui mais cela prend du temps, surtout si vous avez eu des années de régimes ou de restriction cognitive. Les régimes répétés désensibilisent aux signaux de faim et de satiété. La reconnexion est possible, progressive, et se fait mieux dans un cadre de sécurité pas de pression, pas de règles rigides.

La faim émotionnelle disparaît-elle avec le travail sur soi ?

Elle s’apaise, elle perd de son intensité et de sa fréquence. Elle ne disparaît pas toujours complètement et ce n’est pas forcément l’objectif. Parfois, manger quelque chose de bon pour se réconforter est tout à fait sain. Ce qui change, c’est la relation à ce comportement : moins de culpabilité, plus de choix, plus de conscience.

Quels outils aident à réguler la faim émotionnelle ?

La pleine conscience alimentaire, la cohérence cardiaque, l’hypnose ericksonienne, l’EMDR, les techniques de régulation du système nerveux (respiration, mouvement doux, contact avec la nature) mais aussi, fondamentalement, le travail sur la sécurité intérieure et les émotions sous-jacentes. Il n’y a pas d’outil universel : l’accompagnement personnalisé permet de trouver ce qui résonne pour vous.

En quoi votre approche est-elle différente d’un suivi diététique classique ?

Un suivi classique travaille sur ce que vous mangez. Mon approche travaille sur pourquoi et comment vous mangez en intégrant la dimension émotionnelle, neurologique et physiologique. L’objectif n’est pas un régime ou un plan alimentaire à suivre, mais une transformation de la relation à l’alimentation, durable et apaisée.

La micronutrition peut-elle aider contre la faim émotionnelle ?

Oui, dans certains cas. Des carences en magnésium, zinc, vitamines du groupe B, ou des dysrégulations du microbiote intestinal peuvent amplifier l’anxiété, l’irritabilité et les comportements compulsifs. Une évaluation micronutritionnelle fait souvent partie de mon bilan initial parce que la chimie du cerveau influence directement les comportements alimentaires.


Pour aller plus loin

Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, sachez qu’un accompagnement spécialisé peut faire une vraie différence. Non pas pour vous donner de nouvelles règles à suivre, mais pour vous aider à comprendre ce que votre corps exprime et à vous sentir suffisamment en sécurité pour qu’il puisse à nouveau vous guider.

Je reçois en consultation à Angers et en visio partout dans le monde.

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Claire Aujard est diététicienne-nutritionniste depuis plus de 20 ans spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire, la micronutrition et la santé hormonale féminine. Elle est également Hypnothérapeute et formée à la régulation somatique. Elle exerce à Angers et en visio.